Le Gouvernement a signé le décret n° 2026-636 le 16 juillet 2026, qui donne force de loi à la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) adoptée le 15 juillet 2026. Le décret a été publié au Journal officiel (JORF n°0166) le 18 juillet 2026 et est entré en vigueur le lendemain, 19 juillet 2026. Il fixe les budgets carbone nationaux contraignants à 342, 262 et 194 Mt éq. CO2 par an pour les périodes 2024-2028, 2029-2033 et 2034-2038, et confirme l'objectif de réduire de 50 % les émissions territoriales de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à 1990. Pour les responsables développement durable et stratégie climat des grandes entreprises cotées françaises, et pour les investisseurs assujettis à l'article 29 LEC dont les publications d'alignement doivent s'appuyer sur cette trajectoire, la SNBC 3 est désormais la référence contre laquelle se calibrent les plans de transition et les objectifs vérifiables.
Que change concrètement le décret n° 2026-636 ?
Le décret transforme la SNBC 3, jusqu'ici cadre politique, en plafonds de budgets carbone que la France ne doit pas dépasser. L'article 2 révise les budgets des deux périodes quinquennales en cours, à 342 Mt éq. CO2 par an pour 2024-2028 et 262 Mt éq. CO2 par an pour 2029-2033, et fixe un nouveau plafond de 194 Mt éq. CO2 par an pour 2034-2038, hors puits de carbone. Il est pris en application des articles L. 221-1 A et suivants du Code de l'environnement, et l'article 1 adopte l'ensemble documentaire de la SNBC 3 comme politique d'atténuation officielle de la France. Le Ministère de la Transition écologique rappelle que la SNBC est l'un des trois piliers de la Stratégie française pour l'énergie et le climat (SFEC), aux côtés de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et du Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC), et qu'elle est révisée tous les cinq ans.
L'article 3 répartit aussi ces plafonds par domaine d'activité. Pour 2024-2028, les parts annuelles indicatives sont de 116 Mt éq. CO2 pour les transports, 51 pour les bâtiments, 75 pour l'agriculture, 56 pour l'industrie, 30 pour la production d'énergie et 14 pour les déchets. Ce sont ces chiffres sectoriels que les auditeurs et les filières testeront face aux plans d'entreprise et de branche.
Qui doit s'aligner, et pourquoi l'empreinte carbone devient-elle déterminante ?
Les publics concernés du décret nomment l'État, les collectivités territoriales, les personnes morales de droit public et l'ensemble des filières économiques, mais l'effort de conformité matériel porte sur les grandes entreprises et les investisseurs institutionnels. La SNBC 3 fait de la France le premier pays à se doter d'un objectif chiffré d'empreinte carbone, couvrant les émissions liées aux biens importés, avec une baisse de 71 % à 79 % d'ici 2050 par rapport à 2010. La stratégie dépasse ainsi le périmètre territorial pour atteindre les chaînes de valeur des industriels et distributeurs qui écoulent leurs produits en France. Les acteurs exposés nommés incluent TotalEnergies, Saint-Gobain, Air Liquide, Vinci, Renault et Stellantis France côté entreprises, et les investisseurs institutionnels de l'article 29 LEC Amundi, AXA IM et BNP Paribas Cardif côté gestion d'actifs, ainsi que leurs organismes de garantie CAC et OTI.
Comment la SNBC 3 s'articule-t-elle avec CSRD, BEGES et article 29 LEC, et pour quand faut-il réagir ?
Les budgets carbone constituent la trajectoire de référence que vérifient les auditeurs lorsqu'ils apprécient la crédibilité des plans de transition. Au titre du BEGES (article 75 de la loi n° 2010-788, dite Grenelle 2), les grandes entreprises doivent publier un bilan d'émissions de gaz à effet de serre ; au titre de CSRD/ESRS E1, les entreprises cotées doivent publier leurs plans et objectifs de transition ; au titre de l'article 29 LEC (décret 2021-663), les sociétés de gestion et les assureurs doivent publier leurs trajectoires d'alignement avec l'Accord de Paris. Tous ces régimes se lisent désormais à l'aune des plafonds de la SNBC 3 : un objectif aligné sous SNBC 2 peut ne plus l'être. Les sept objectifs stratégiques de la SNBC 3, dont la division par deux des émissions territoriales d'ici 2030, la neutralité carbone en 2050 et la réduction de l'empreinte carbone, définissent le cap que les plans sectoriels de décarbonation doivent respecter.
Le calendrier d'action interne est immédiat : le décret est en vigueur depuis le 19 juillet 2026. Le calendrier de publication externe suit le prochain cycle de dépôt. Les rapports article 29 LEC et CSRD climat pour l'exercice 2026 sont en pratique attendus au plus tard le 30 juin 2027 : les conseils et les organismes de garantie doivent donc intégrer les plafonds SNBC 3 dans les modèles de cibles bien avant cette échéance. Un suivi continu, juridiction par juridiction, est ce qui fait remonter une révision de budget carbone au JORF le jour de sa publication, avant que le prochain dossier de reporting ne soit figé.
| Période | Plafond annuel (Mt éq. CO2) | Statut au décret 2026-636 |
|---|---|---|
| 2024-2028 | 342 | Révisé |
| 2029-2033 | 262 | Révisé |
| 2034-2038 | 194 | Nouveau |
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